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La sécrité aéronautique à l’ère de l’intelligence artificielle

Tzoi, diplômée du MSc Aerospace Management de TBS Education en 2025, a été récompensée par l’APEM dans le cadre d’un concours autour de l’intelligence artificielle initialement organisé pour les étudiants du MSc Data Science & Artificial Intelligence. Bien qu’elle n’ait pas participé au hackathon, son mémoire de fin d’études, consacré à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les Safety Management Systems, a été sélectionné puis distingué parmi les travaux portant sur l’IA. Une reconnaissance inattendue, qui met en lumière la pertinence de ses recherches pour le secteur aéronautique. Elle évolue aujourd’hui au sein d’Airbus, dans le domaine de la navigabilité continue sur les opérations long-courriers. Elle revient sur son parcours, ses choix académiques et les enseignements tirés de cette expérience.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours à TBS Education ?

“Je m’appelle Tzoi, j’ai 22 ans et j’ai intégré le MSc Aerospace Management de TBS Education en septembre 2024.

Avant cela, j’ai suivi un Bachelor en ingénierie de maintenance aéronautique au Liban. À l’issue de cette formation très technique, je souhaitais poursuivre mes études en conservant ce lien avec l’ingénierie, tout en découvrant une autre dimension du secteur : celle du management.

C’est ce qui m’a conduite à choisir TBS Education. J’ai découvert le programme en ligne et j’y ai vu une opportunité de combiner ces deux approches. Le choix de Toulouse était également déterminant : évoluer au cœur du principal hub aéronautique européen représentait une vraie opportunité, d’autant que rejoindre Airbus faisait déjà partie de mes objectifs. Avec le recul, cette décision a été déterminante dans la construction de mon parcours.”

Qu’est ce qui vous a incitée à rejoindre le MSc Aerospace Management ?

“Ce qui m’a attirée dans ce programme, c’est précisément son positionnement à la frontière entre l’aéronautique et le management.

Au départ, j’ai hésité, car je venais d’un parcours très technique et je savais que j’intégrais une école de management. Mais j’ai rapidement compris que c’était aussi l’occasion d’élargir mon champ de compétences. J’avais déjà acquis des bases solides en ingénierie ; ce master me permettait d’explorer la dimension plus managériale et stratégique du secteur.

Avec le recul, c’est ce qui fait aujourd’hui la richesse de cette formation. Elle m’a apporté une vision plus globale de l’industrie : la Supply Chain, la durabilité, la transformation digitale, la finance, ou encore la communication avec les compagnies aériennes. Même dans un poste technique, cette ouverture est précieuse, car elle permet de mieux comprendre l’ensemble de l’écosystème dans lequel on évolue.”

Sur quoi porte votre mémoire et quelles sont ses principales contributions ?

“Mon mémoire porte sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans les Safety Management Systems, ou SMS.

Le SMS correspond à l’ensemble des dispositifs qui permettent d’identifier, de traiter et de prévenir les incidents liés à l’organisation et aux processus de travail. Il ne s’agit pas directement du produit ou de l’avion lui-même, mais plutôt de tout ce qui, dans le système, peut générer des dysfonctionnements et, à terme, avoir un impact sur la sécurité.

J’ai choisi ce sujet parce qu’il était directement lié à mon stage chez Airbus Protect, où je participais à la mise en place du Safety Management System. En parallèle, je m’intéressais de près à l’intelligence artificielle, convaincue qu’elle jouera un rôle croissant dans l’industrie. L’idée a donc été de réfléchir, dès l’origine, à la manière dont l’IA pourrait être intégrée à ce type de système.

L’objectif de ce travail n’était pas de produire une réflexion purement théorique, mais d’aboutir à des recommandations concrètes, utiles à l’entreprise. Mon mémoire propose ainsi des pistes pour identifier où, pourquoi et dans quelle mesure l’IA pourrait soutenir le fonctionnement d’un SMS, tout en tenant compte des exigences très fortes du secteur en matière de sécurité et de confidentialité.”

Qu’est ce qui vous a amené à vous intéresser à ce sujet et comment avez-vous mené vos recherches ?

“Ce sujet s’est imposé assez naturellement à partir de mon stage. J’étais directement impliquée dans la mise en place d’un Safety Management System chez Airbus Protect, et j’avais envie de travailler sur un sujet à la fois utile, actuel et en lien avec mes missions.

L’intelligence artificielle m’intéressait déjà beaucoup, et je voulais mieux comprendre comment elle pouvait s’appliquer concrètement à un environnement aussi structuré et sensible que celui de la sécurité.

Pour construire mon mémoire, j’ai d’abord vérifié qu’il s’agissait bien d’un sujet encore peu exploré. J’ai ensuite mené un important travail de recherche documentaire, à la fois sur le Safety Management System et sur l’intelligence artificielle. Mais le cœur de mon analyse repose surtout sur une approche qualitative, à travers dix entretiens avec des experts du sujet, dont des membres du top management d’Airbus Protect.

Ces échanges ont été essentiels. Ils m’ont permis de confronter les apports de la littérature à la réalité du terrain et de formuler des recommandations ancrées dans les besoins de l’entreprise.”

Selon vous, qu’apporte concrètement votre recherche à l’industrie aérospatiale ?

“Je pense que mon travail apporte avant tout une réflexion concrète sur la manière dont l’intelligence artificielle peut venir soutenir des systèmes déjà essentiels au fonctionnement des organisations, comme les Safety Management Systems.

L’enjeu n’est pas de remplacer l’expertise humaine, mais plutôt d’identifier comment l’IA peut aider à traiter certaines informations, à repérer plus rapidement des signaux faibles ou à améliorer l’analyse des incidents.

Dans un secteur aussi exigeant que l’aéronautique, cette approche ouvre des perspectives intéressantes, tout en rappelant que l’intégration de l’IA doit rester progressive et encadrée.”

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que vous aviez remporté ce prix ? Vous y attendiez-vous ?

“Pas du tout, ça a été une vraie surprise ! Après avoir déposé mon mémoire, un email indiquait que les travaux portant sur l’intelligence artificielle seraient automatiquement intégrés à un concours organisé en lien avec le datathon, en partenariat avec APEM. Mais sur le moment, je n’y ai pas vraiment prêté attention.

J’ai finalement appris la nouvelle un peu par hasard, lorsqu’un professeur m’a félicitée sur LinkedIn. Ma première réaction a été de me demander de quel prix il s’agissait.

En comprenant que mon mémoire, réalisé dans le cadre du MSc Aerospace Management, avait été sélectionné puis récompensé par APEM parmi les travaux liés à l’IA, j’ai été très heureuse. C’était une vraie satisfaction de voir ce travail reconnu, d’autant que je m’étais beaucoup investie dans ce projet.”

En quoi votre thèse et cette réussite ont-elles influencé votre parcours professionnel ?

“Je ne dirais pas que mon mémoire m’a permis, à lui seul, d’obtenir mon poste actuel, car j’ai ensuite changé d’équipe et de sujet. En revanche, il a clairement contribué à mettre en valeur mon implication pendant mon stage.

Je pense que ce travail a montré mon sérieux, ma capacité à approfondir un sujet et à aller au bout d’un projet. Cela a certainement joué dans la manière dont mes managers ont perçu mon travail.

Par ailleurs, il m’a permis de développer une expertise sur un domaine très spécifique, celui du Safety Management System. Même si je ne travaille plus directement dessus aujourd’hui, cette compétence reste acquise et pourra toujours constituer un atout pour la suite.”

Où en êtes-vous aujourd’hui dans votre parcours professionnel depuis l’obtention de votre MSc ?

“Aujourd’hui, je travaille chez Airbus dans le domaine de la navigabilité continue, sur les opérations long-courriers, notamment les vols ETOPS.

Mon rôle couvre plusieurs volets : le suivi des événements en vol, le support technique aux compagnies aériennes, certains sujets de certification, ainsi que des analyses liées aux systèmes avion. C’est un poste qui reste technique, mais qui comporte aussi une forte dimension opérationnelle et relationnelle.

J’ai rejoint cette fonction en janvier, donc je suis encore dans une phase d’apprentissage. C’est un environnement nouveau pour moi, différent à la fois de mon Bachelor et de mon sujet de mémoire, mais c’est aussi ce qui le rend très formateur. J’apprécie justement cette combinaison entre technicité, compréhension globale et interaction avec différents acteurs du secteur.”

A la lumière de votre expérience, quels conseil adresseriez-vous aux étudiants qui entament la rédaction de leur thèse ?

“Je leur dirais d’abord de ne pas paniquer. La thèse peut sembler impressionnante au début, mais elle devient beaucoup plus accessible dès lors que l’on choisit un sujet que l’on comprend et qui nous intéresse réellement.

À mes yeux, le plus important est de travailler sur un thème qui suscite de la curiosité. Cela rend la recherche plus naturelle, même lorsqu’il faut lire beaucoup d’articles ou explorer des pistes qui ne seront pas toutes utilisées ensuite. Rien n’est vraiment perdu : tout cela nourrit aussi la connaissance personnelle.

Je leur conseillerais aussi de ne pas hésiter à demander de l’aide. Le tuteur de mémoire est essentiel pour la méthode, la structure et le cadrage, mais les collègues ou les professionnels rencontrés sur le terrain peuvent aussi être très précieux, surtout sur les aspects plus techniques. Poser des questions, s’appuyer sur les bonnes personnes et choisir un sujet qui fait vraiment sens, c’est déjà se donner les meilleures chances de réussir.”

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